Fiche: Un corps pour me soigner, une âme pour me guérir

Un corps pour me soigner, une âme pour me guérir
Source: Michel Odoul

Un corps pour me soigner, une âme pour me guérir


Dans notre culture occidentale la maladie est une fatalité, une défaite, une chute (d'ailleurs dans le langage ne dit-on pas "tomber malade"). Ce constat est grave car il induit une vision, une attitude face à elle qui engendre un positionnement « passif » pour celui qui en est victime et de « lutte contre » pour celui qui est censé soigner. De plus cette vision induit également que l’acteur principal de la maladie est un facteur externe et que celui qui peut soigner et permettre de guérir, ne peut lui aussi qu’être « extérieur ».

Nous sommes là en présence de la plus grande illusion, de l’impasse d’une pensée, qui parce qu’elle « ne croit que ce qu’elle peut voir » perd de vue l’origine des choses pour ne se préoccuper que de leur manifestation. Pourtant Platon, avec son analogie de la caverne, nous avait déjà alerté sur l’illusion des sens qui nous font croire que les ombres que nous voyons projetées sur les parois de la grotte, par des gens que nous ne pouvons pas voir, sont la réalité.

Essayons d’apporter un autre éclairage sur les origines de la maladie et de celles de la guérison. Ne pourrait-on envisager que la maladie ne soit pas due au "hasard" mais qu’elle soit plutôt la conséquence et en même temps la manifestation d'une fragilisation du terrain physique et psychique.

Nous savons tous aujourd’hui combien nos modes de vie sont déséquilibrants. La pollution, nos modes nutritionnels, les stress quotidiens, etc. participent à cela et finissent par dégrader notre santé. Nombreux sont ceux qui ont déjà écrit sur le sujet, comme par exemple le Pr Belpomme qui considère que plus de 80 % des cancers sont dus à nos modes de vie.

Mais nous ne sommes encore là que dans le pondéral, le visible. Or comme le disait Julien Green « le grand péché du monde moderne c’est le refus de l’invisible ». Les causes de la maladie sont à mon sens plus subtiles qu’on ne le croit. S’il est vrai que nos modes de vie sont certainement les causes de la dégradation de notre santé, ce n’est pas seulement parce que nous mangeons mal ; c’est parce nos époques sont barbares. Elles le sont à plus d’un titre. Elles le sont certes encore au niveau physique mais elles le sont surtout, de nos jours, au niveau psychique. Les quotidiens individuels sont devenus des combats incroyables de survie, plaçant la plupart des individus en état de survivance. La pression psychique est permanente, latente, insidieuse et même souvent augmentée par l’individu lui-même, et ce dès le plus jeune âge. Nos sociétés en arrivent même à vouloir « dépister » les enfants hors norme dès la maternelle. Or s’il est une chose dont je suis persuadé, c’est bien que notre corps n’est pas déconnecté de notre esprit. Non content d’être son « véhicule », son temple, il est aussi son émonctoire, son outil d’évacuation et d’expression ainsi que je l’ai déjà démontré dans mon précédent livre « Dis moi où tu as mal, je te dirai pourquoi ». Par conséquent, face à nos époques barbares, nos corps n’ont pas d'autre issue que la maladie pour « évacuer et exprimer ». C’est en cela que nos corps sont là pour « nous soigner ».

C’est aussi pour cela qu’il est majeur d’intégrer que la maladie est à la fois un signal et un message. Elle devient de ce fait une amie, certes inconfortable et même parfois dangereuse. Cela doit nous inciter à la comprendre et à la regarder autrement et son observation va nous permettre de découvrir que ses processus ont des structures identiques à ceux de la guérison.

En acceptant cette idée nous allons sans doute pouvoir réfléchir à ce qui a préparé le terrain à la maladie. Nous pourrons ensuite suivre à rebours notre fil d’Ariane qui s’est tissé à travers nos vécus et remonter jusqu’à la source. Nous trouverons ainsi l’issue de ce labyrinthe dans lequel nous nous étions perdus. En échappant au Minotaure, ce monstre de matière qui risquait de nous posséder, nous retrouvons notre âme, ce fil de vie si fragile que nos contorsions quotidiennes avaient sans doute fripé, froissé ou noué.

Nous sommes finalement comme des scaphandriers qui auraient pincé le tuyau qui les relie à la surface et leur apporte l’air. Nous étouffons, nous « manquons d’air » parce que nous ne sommes plus reliés à la vie. En cela « défroisser l’âme » est ce qui peut « guérir en nous ».

Mais pour pouvoir la défroisser encore faut-il comprendre pourquoi elle a été froissée et où. Par conséquent, connaître les processus qui conduisent au déséquilibre, connaître les origines profondes de la maladie, découvrir les mécanismes qui se mettent en jeu, accepter la part de responsabilité qui nous incombe, sont les clés essentielles de la redécouverte de ce qui peut "guérir en nous". Le malade n'est plus alors une victime mais un acteur de ce qui se joue en lui. Il redevient actif et participe ainsi à la reconquête de l'état de santé. Cela lui permet, à travers son cheminement, de s'approprier les sources de sa souffrance et d'envisager qu'il puisse en faire de même pour celles de sa guérison.

Notre âme peut se froisser à tous moments de notre vie mais il existe des constantes indéniables dans la façon dont cela se produit. La plus importante est ce que je qualifie d’imposture du Moi. Nos cultures ont en effet tendance à privilégier le Conscient (le Moi) aux strates plus profondes qui composent le non-conscient (le Soi). Elles signent ainsi une prévalence sur laquelle la Genèse attirait pourtant déjà notre attention avec la chronique de Caïn et Abel. A travers elle, l’histoire de l’humanité a montré combien le manque de confiance dans la vie nous a fait rejeter le nomade pour lui préférer le sédentaire, au propre et au figuré. Caïn le cultivateur sédentaire a tué Abel, le berger nomade que Dieu (la vie ?) lui « préférait ». Il ne s’agit pas seulement ici du sédentaire ou du nomade qui nous sont « extérieurs » mais de ceux qui nous sont « intérieurs ». Le sédentaire en nous, c’est notre conscient, notre Moi, vecteur de perception et de maîtrise du réel. C’est là son rôle mais parce qu’il est insécure, il pactise avec la matière et son apparente importance. Il a besoin de preuves, d’instantané et de reproductibilité car cela le rassure face à ce futur qui lui échappe parce qu’immatériel et incertain. Il lui faut donc à tous prix supplanter nos strates non-conscientes, notre Soi qui est le nomade en nous. Imprévisibles et d’une inconscience folle puisqu’elles font confiance à la vie, ces dimensions lui paraissent trop dangereuses. Cette lutte se traduit parfaitement en nous dans nos préférences cérébrales. Ce qui est éduqué, valorisé, construit par nos systèmes éducatifs, c’est notre cerveau gauche (rationalité, logique, matière, etc.) qui est de nature « sédentaire ». Cela se fait au détriment de notre cerveau droit (art, littérature, poésie, émotions, esprit, etc.) qui est de nature « nomade ». Il suffit pour s’en persuader de comparer par exemple les coefficients affectés, dans le cadre de la scolarité, aux matières artistiques ou littéraires par rapport aux matières scientifiques, mathématiques ou économiques.

Seulement cette imposture du Moi, en nous éloignant de notre essence, est ce qui tue la vie en nous. A travers les stratégies permanentes de blocages, d’interdits, de peurs ou de fuite qu’il met constamment en place, notre Moi étouffe la source même. Notre recherche exacerbée de sécurité (n’entend on pas ce mot là sans arrêt) nous éloigne de plus en plus de la liberté dont les flux de vie ont tant besoin. Car la vie est incertitude, acceptation et confiance. Elle se nourrit d’ouverture, d’espérance et d’une certitude majeure ; ce qui est en nous, au plus profond de notre être et de nos cellules, nous aime et est notre plus sûr ami.

Nous l’avons oublié, nous ne le savons plus et nous en avons peur. Alors, plutôt que de construire des ponts, des liens en nous, nous construisons des murailles dans lesquelles nous nous emprisonnons sans le savoir. « Gens de peu de foi » nous dit La Genèse. Parce que nous avons peur, parce que nous avons cru que le progrès c’est la facilité, nous ne faisons plus l’effort de nous tenir droits. A l’instar du peuple de Moïse, face aux épreuves, nous regrettons le temps de l’esclavage.

En cela nous inscrivons inconsciemment tant de « non à la vie » en nous, qu’elle finit par se bloquer, se tendre ou se briser. En coupant le lien avec l’invisible, nous avons fripé notre âme et nous étouffons. La maladie est là pour nous le dire, voire nous le crier et en cela notre corps cherche à nous guérir. Mais ce sera seulement en défripant notre âme que nous pourrons nous guérir.

Défriper notre âme est une démarche, une conquête. Cela demande un travail essentiel : celui de faire la paix. Il s’agit là d’une réconciliation avec ce qu’il y a de plus profond en nous et c’est la condition sine qua non de paix de l’âme. Cela passe par l’acceptation de ce que nous sommes, de nos peurs, de nos actes. Cela implique le sens du pardon, vis-à-vis des autres certes mais surtout vis-à-vis de nous même et de nos errances. Notre Moi doit reprendre sa juste place et accepter, malgré tout ce qu’on a pu lui laisser croire, qu’il n’est qu’un exécutant. Il doit se réconcilier avec le Soi et ne plus en avoir peur. Il doit comprendre que la vie n’est pas que matière, matérialité et matérialisme mais aussi essence, esprit et spiritualité. C’est tout un espace intérieur qu’il faut reconquérir et pas simplement une dimension nombriliste. De plus, au-delà de cette reconquête personnelle, il faut enfin accepter que chaque être humain soit consubstantiel à l’humanité. Chacun d’entre nous, chacun de nos actes agit sur la planète. Chacun d’entre nous, en redonnant à son âme de l’espace de respiration, se redonne de l’espace de vie. En agissant ainsi il lui permet de reprendre sa place perdue de diapason intérieur, de chef d’orchestre des processus de vie. En cela notre âme peut nous guérir et par effet domino guérir l’humanité.

Se réconcilier avec soi et avec la vie est une véritable démarche, un travail, une tension vers cette verticalité qui nous connecte avec le ciel. Cela peut se faire, certes par des actions ciblées utilisant des outils adaptés (développement personnel, thérapies, etc.) permettant d’identifier les zones de faille ou de s’approprier des techniques adéquates. Mais cela doit se faire surtout à chaque instant de chaque jour, par une vigilance bienveillante envers nos pensées, vis-à-vis des autres, du monde et surtout de nous-mêmes. On est toujours surpris, lorsqu’on y prête attention, de constater à quel point par exemple nous sommes la plupart du temps dans un auto-dénigrement inconscient ou dans des modes de pensée mesquins parce que faciles. De la même façon que si nous montons à pied tous les jours les quelques marches du métro ou de notre immeuble au lieu de prendre les escalators ou les ascenseurs, nous entretenons notre santé physique, si nous sommes vigilants sur la qualité des nos pensées, nous entretenons notre santé psychique. De cet équilibre, de cette recherche naît la paix de l’âme.


Michel Odoul.

Pour en savoir plus :

« Un corps pour me soigner, une âme pour me guérir »éd. Albin Michel.

ou

www.shiatsu-institut.fr

Un corps pour me soigner, une âme pour me guérir

Un corps pour me soigner, une âme pour me guérir

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