Fiche: La force intérieure

La force intérieure
Source: Catherine Preljocaj

La force intérieure

Rencontre avec Catherine Preljocaj


C’est à elle que revient l’honneur de conclure le cycle des conférences du salon « Rentrez Zen » lors de la journée consacrée à la force intérieure. Face à un cancer, un lymphome fulgurant, avec une tumeur à l’estomac à 30 ans, Catherine Preljocaj a puisé dans ses forces vives pour s’en sortir. Guérie, elle a relaté son parcours au travers de deux livres, « Le bonheur pour une orange n’est pas d’être un abricot » suivi de « La mort de Caliméro et la naissance de l’aigle ». Aujourd’hui consultante en développement personnel, son travail s’articule autour d’un accompagnement énergétique associé à l’apprentissage de la pensée positive et de la visualisation créatrice. Rencontre avec une femme dynamique qui ne semble pas marquée physiquement par cette épreuve. Elle nous raconte comment elle est devenue « zen ». Par la force des choses.



Vivre Zen : Dès la première page de votre premier ouvrage, on apprend avec vous la sentence du cancer. Puis vous écrivez que vous avez cru en mourir. Combien de temps vous a-t-il fallu pour espérer une autre issue ? Comment avez-vous trouvé la force de vous battre ?

Catherine Preljocaj : Ma réponse va certainement vous étonner ; je ne me suis pas battue ! Dès le début, j’ai intégré que je ne faisais pas le poids face au cancer, même si, autour de moi, on m’en donnait l’ordre. Combien de fois ais-je entendu : « Courage, Catherine, bats toi ! » autant de la part de mes proches que des médecins. Le Hic, c’est que, justement, je m’étais tant battue, trop… Je n’en avais plus la force et étrangement pas l’envie. La rencontre avec Tenzin Tchoedrak, le médecin personnel du Dalaï-lama, fut un cadeau inattendu. L’homme, connu pour avoir passé la majeure partie de sa vie dans les geôles chinoises, me le fit comprendre ; j’étais une femme en colère. Le sentiment, retourné contre moi, pourrait bien avoir ma peau. Il avait conclu l’entretien en me suggérant, avec un grand sourire, de transformer ma colère en joie ! En sortant de la consultation, j’étais désemparée. Le conseil semblait surréaliste, pourtant, durant des mois, j’ai suivi ses directives à la lettre, reconnaître mes souffrances afin de m’en délivrer. Grâce à lui, j’entrais dans un processus bien vivant ; reprendre le contact avec mes émotions et trouver mes forces intérieures.

V Z : Quelles étaient ces forces ? Tout le monde peut-il y avoir accès ?

CP : Oui, quand on accepte de voir sa souffrance et de se faire aider. Cependant l’appui extérieur n’exempte pas d’un travail d’introspection. Je me suis rendue à l’évidence ; je n’étais pas finie, pas construite. Si, jadis, comme Jean-Paul Sartre, je pensais : « l’enfer c’est les autres », j’ai découvert en moi ma plus grande ennemie. Se construire demande à cerner qui l’on est et non pas ce que nos parents ou la société ont décidé pour nous. C’est délicat, ça prend du temps de regarder là où ça fait mal, pourquoi, quand et avec qui, mais c’est vital d’observer comment nous fonctionnons. Quelles sont les émotions ou situations qui nous dopent et celles qui nous épuisent. Malheureusement, nous maîtrisons mieux nos ordinateurs, nos voitures, que nos potentiels. Cela oblige à se pencher sur des questions : « Qui suis-je ? » A quoi puis-je bien servir ? » »Comment en suis-je arrivé là ? » La réponse et la clé se trouvent à l’intérieur de nos expériences positives comme négatives. Là est la force, elles nous apprennent sur nous même. Pour ma part, je jouais deux rôles, le bourreau et la victime…. Jusqu’à ce que j’accepte ma responsabilité dans les blessures de ma vie. Responsable mais pas coupable.


V Z : Responsable mais pas coupable ? C’est dur de s’entendre dire cela quand on est stressé voire déprimé ou malade.

CP : Dur mais salutaire ; face à la dualité qui balance entre la bienveillance et un despotisme personnels, notre responsabilité est de réagir ou de baisser les bras, de jouer la victime, d’accuser les autres ou pas… Le truc n’est pas de se battre contre les autres mais pour soi, de faire « ami-ami » avec soi. Se sentir « victime » d’un cancer ou d’une dépression nous scotche au parquet alors que devenir acteur de sa vie ou de sa guérison nous donne des ailes.

VZ : Pourquoi avoir choisi pour titre de votre conférence : « les chemins de la confiance »

CP : Si l’expression « être sur le chemin » signifie être en route vers un mieux être, il n’y a pas de voie unique ; à chacun sa route en fonction de son histoire personnelle et de son tempérament. Certains s’engagent dans la spiritualité ou choisissent l’expression artistique ou préfèrent le mode analytique et verbal, d’autres se tournent vers les thérapies corporelles ou énergétiques. Le but est d’aller à sa propre rencontre. Or, pour se mettre en marche, il faut avoir confiance et oser. J’utilise souvent la phrase de Sénèque : « Ce n’est pas parce que c’est difficile que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas que c’est difficile». Elle m’a incité à changer mon attitude face à la vie et mon regard sur le monde. J’ai cessé de le considérer hostile à mon égard. Du coup, tout, autour de moi, s’est amélioré au fil du temps.

VZ : Que désigne le mot Zen pour vous ? Et comment le devenir au sein d’une société où le stress est omniprésent ?

CP : Zen veut dire n’être pas déstabilisé, ni par les autres ni par soi et demeurer serein face aux turbulences de nos existences. L’autre définition évoque le dénuement. Les deux se complètent. La société charrie des stress liés à l’obligation excessive de résultats. Chacun se doit d’être « le plus + » ; carriériste, consommateur à outrance et performants dans tous les domaines. Mais à quel prix ? S’il existe bien un stress positif, il nous incite à devenir plus créatifs, libres ou joyeux, en revanche, il faut se méfier de celui qui nous détruit à petit feu.

VZ : Quelle est votre solution pour sortir de la course effrénée à la réussite ?

CP : Cela dépend de ce que la réussite représente pour chacun. Pour certains c’est l’argent ou le pouvoir, pour d’autres, l’amour et les sentiments. Avoir ou être. Ce qui me semble primordial, c’est d’être passionné, de se sentir vivant, d’être créatif. Et avant tout de s’aimer. Cultiver l’estime de soi. Se traiter avec respect avant de réclamer le respect des autres. Reconnaître nos qualités comme nos points faibles, nos forces et nos fragilités. Transformer ce qui nous dérange. C’est le fameux : « connais toi, toi-même ». Même si, sur le mode judéo-chrétien, prendre soin de soi revient à être taxé d’égoïsme ! Comment être ouvert aux autres si l’on n’est pas à l’aise avec soi ? Peut-on aimer l’autre si l’on ne s’aime pas ? Comment appréhender l’amour si on ne l’a jamais senti, vécu, reçu ? Le Zen réclame ce qu’on appelle l’assise ; s’isoler du monde afin de se « re-centrer » avant d’y revenir plus disponible. Prendre le temps par exemple de digérer nos échecs et d’en tirer les leçons. Il y est également question de gratitude ; rendre grâce pour ce que l’on a déjà, ne serait ce que d’être en bonne santé, plutôt que de se lamenter de n’avoir pas encore. L’ingratitude bloque les processus d’expansion alors que la gratitude les accélère. Plus on râle, moins on a de chance d’être entendu… La gratitude engendre aussi l’espérance ; on se souvient d’avoir eu et l’on peut recevoir encore. A ce stade, nos pensées et par voie de conséquence nos paroles ont également une portée importante.


VZ : C’est pourquoi vous utilisez dans votre travail la pensée positive ? En quoi consiste cette méthode, quels en sont les exercices ?

CP : La pensée positive est un des outils que je préconise. Tout comme œuvrer à choisir le mot adéquat, la pensée juste, dans le sens de justesse. Si nous sommes vigilants sur notre présentation physique et vestimentaire, nous ne sommes pas assez à l’écoute de ce que nous exprimons. Vous savez, ces petites phrases : « je suis nulle », « j’y arriverai pas », « je suis trop ceci, pas assez cela », « ça n’a pas marché, c’est toujours à moi que ça arrive, ça ne fonctionnera jamais ». Pire, « ça me gonfle, ça me tue ! » Nous pouvons nuancer nos propos avec des « pas encore », « jusqu’à présent » puis bannir « jamais » et « toujours » de notre vocabulaire. Certes, il ne suffit pas, le matin, de se fixer dans un miroir et de s’exclamer « Tous les jours, à tout points de vue, je vais mieux, de mieux en mieux ». Cela peut aider mais l’intérêt de la phrase d’Emile Coué est de la placer dans un état de relaxation profonde qui provoque l’autosuggestion. Car c’est à ce point précis que la conscience peut croire vraie une modification. C’est le cas avec la sophrologie. Le but est de se fixer de nouveaux objectifs, je préférais suggérer de nouveaux projets, dans un état de non stress, et là, les pensées comme les images positives vont agir, à un niveau subtil, comme des clous qu’on enfonce avec un marteau. J’ai confiance, j’ai confiance, j’ai confiance… (Rires.) Sérieusement, ce sont la cadence et la répétitivité qui feront la différence…et ancreront ces pensées optimistes dans la réalité. C’est simple et magique. Vous voulez essayer ?


Article de « Vivre Zen » Septembre 2006

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Autore del mese: Thierry JANSSEN
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